GNOME 3 en sept questions

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Par : MohamedElmorabity
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La nouvelle version de l’environnement de bureau GNOME est sortie le 6 avril 2011 et Fedora, fidèle à son crédo d’innovation, sera la première distribution à la proposer par défaut dans Lovelock. Placée sous le signe de l’ergonomie et de l’efficacité, cette version introduit, au travers du gestionnaire de fenêtres GNOME Shell, un nouvel environnement utilisateur élégant et original. Nous vous proposons, au travers de sept questions que vous pourriez vous poser, un tour d’horizon de GNOME 3 qui vous aidera à mieux l’appréhender.

Pourquoi une nouvelle version ?

L’environnement de bureau GNOME est indéniablement populaire, au point d’être le bureau par défaut de nombreuses distributions Linux, voire d’être considéré de facto comme le bureau Linux par excellence. Cependant, son design, du moins tel qu’on le connaissait jusqu’ici avec GNOME 2, avec un panneau applicatif en haut de l’écran et une liste de fenêtres en bas (voir figure ci-dessous), n’avait guère évolué depuis sa première version publiée en 2002. Le poids des années s’est donc fait sentir pour GNOME tandis que d’autres environnements majeurs, qu’ils soient libres (KDE par exemple) ou propriétaires (Aero pour Windows, Aqua pour Mac OS X), se sont entre-temps renouvelés.

GNOME 2 et son interface (ici GNOME 2.32 sous Fedora 14)

Par ailleurs, de l’aveu même de ses développeurs, GNOME 2 souffre de quelques défauts nuisant à son ergonomie (*), particulièrement pour les néophytes. Le projet GNOME a ainsi identifié dans GNOME 2 les composants suivants, parmi d’autres, susceptibles d’être améliorés :

  • la liste des fenêtres, dans laquelle il devient difficile d’identifier une application particulière ouverte dès qu’il y en a plus de quatre ;
  • les espaces de travail qui, en dépit de leur utilité, sont souvent dédaignés par les utilisateurs novices ;
  • le menu applicatif, avec ses multiples rubriques imbriquées, depuis lequel lancer une application n’est peut-être pas aussi intuitif qu’on pourrait l’espérer d’un des éléments les plus importants de l’environnement ;
  • la personnalisation des tableaux de bord, notamment à travers l’ajout d’applets ou la possibilité de les placer n’importe où sur le bureau, superflue au regard du peu de gain retiré par les utilisateurs.

Outre ces défauts d’ordre ergonomique, la conception par trop modulaire de GNOME 2, loin d’apporter dans le cadre du développement d’un environnement de bureau une robustesse et une flexibilité supposées, nuit également à la cohérence de ses différents composants. GNOME 2 est en effet la réunion de plusieurs programmes tels que le tableau de bord GNOME Panel, le gestionnaire de fenêtres Metacity, le navigateur de fichiers Nautilus ou encore les divers services visibles au travers des icônes dans la zone de notifications (NetworkManager par exemple). Chacun de ces composants a été conçu indépendamment des autres et ne se comporte pas forcément de façon homogène avec l’ensemble de l’environnement, nuisant au final à l’harmonie de GNOME 2 (*).

Il est dès lors apparu clairement aux développeurs de GNOME qu’une réponse efficace et rapide à ces problématiques ne pouvait s’exprimer au travers d’une évolution de GNOME 2, mais par une réécriture complète de l’environnement dans le cadre d’une nouvelle version majeure. Les développements autour de GNOME 3 ont ainsi été initiés dès la fin 2008, parallèlement à ceux de GNOME 2.

À quoi ressemble GNOME 3 ?

Refondre complètement l’interface de GNOME selon les paradigmes énoncés plus haut a constitué à juste titre un défi énorme pour tous les contributeurs du projet GNOME. Si le risque était grand pour ces derniers de dérouter nombre d’utilisateurs conditionnés par l’interface de GNOME 2, voire de les perdre, le pari a néanmoins été pris de proposer une nouvelle expérience graphique avec, en contrepartie, un bureau plus intuitif, plus simple et plus efficace pour tous.

Le résultat de ce travail de longue haleine est GNOME Shell, intégré au cœur même de GNOME 3, qui se substitue non seulement à GNOME Panel, mais fait également office de gestionnaire de fenêtres : il est en effet bâti comme une extension de Mutter, un gestionnaire de fenêtres basé sur le vénérable Metacity (*) et s’appuyant sur la bibliothèque Clutter (*), tirant ainsi profit de l’accélération 3D de la carte graphique pour le rendu. GNOME Shell répond ainsi à la fragmentation de GNOME 2 en modules hétéroclites. Particularité de GNOME Shell, celui-ci est écrit en C ainsi qu’en Javascript et s’appuie aussi sur des feuilles de style CSS pour définir son apparence.

Parcourons donc immédiatement et plus en détail les différents composants de GNOME Shell.


Le tableau de bord

GNOME Shell, au cœur de GNOME 3

Comme on peut le voir sur la figure ci-dessus, GNOME Shell comporte un unique tableau de bord statique, composé de trois parties :

  • à gauche, un bouton Activités permettant d’accéder à la vue des activités, que l’on découvrira plus loin ;
  • au centre, une horloge, qui donne accès d’un clic à un calendrier (voir ci-dessous), synchronisé comme dans GNOME 2 avec les agendas configurés dans Evolution ;
L’applet « calendrier » de GNOME Shell
  • à droite enfin (voir ci-dessous), une zone de statut donnant accès :
    • GNOME3Accessibilite.png à la configuration des outils d’accessibilité (voir la question Qu'en est-il de l'accessibilité ?) ;
    • GNOME3Son.png aux paramètres du son (au travers de PulseAudio) ;
    • GNOME3Bluetooth.png au Bluetooth, le cas échéant ;
    • GNOME3Reseaux.png aux réglages réseau (via NetworkManager) ;
    • GNOME3Energie.png à la gestion de l’énergie, sur les PC portables notamment ;
    • GNOME3Utilisateur.png aux préférences utilisateurs enfin ; ces dernières sont rassemblées au sein d’un menu permettant entre autres à l’utilisateur de définir son statut de présence pour la messagerie instantanée, d’accéder aux préférences de GNOME (voir Comment personnaliser mon environnement ?), de fermer sa session ou mettre en veille prolongée sa machine (notez que pour l’éteindre, une pression sur [Alt] fera apparaître une entrée à cette fin dans le menu).
La zone de statut et le menu utilisateur de GNOME Shell

Les activités

GNOME 3 implémente, au travers de GNOME Shell, le concept d’activités : il s’agit ici non plus de considérer l’utilisation du bureau en fonction des applications lancées ou des documents ouverts mais selon ce qu’on souhaite faire, en regroupant les outils à cette fin par activités. Vincent Untz, une des figures du projet GNOME, résume d’ailleurs ainsi ce point de vue (*) :

Ce que veulent les utilisateurs, ce n’est pas « utiliser » un environnement de bureau ! Ce qu’ils veulent, c’est surfer sur le Web, lire leurs courriels, discuter en ligne, écouter de la musique, rédiger leur correspondance, créer du contenu, etc. Voilà ce qui doit nous guider ! Nous voulons rendre GNOME moins envahissant, plus intuitif, plus cohérent, ceci afin de faciliter la vie de nos utilisateurs.

Ce concept est donc visible dans GNOME Shell au travers d’une vue dédiée, accessible à la souris soit en pressant le bouton Activités en haut à gauche de l’écran, soit en déplaçant simplement le curseur dans ce coin, ou encore au clavier avec le raccourci clavier [Alt] [F1] ou la touche [Super] du clavier. Cette vue, déjà représentée plus haut, se décompose en quatre parties.

Le dash

Le dash d’applications, à la gauche de la vue, joue un double rôle en permettant à la fois :

  • de lancer ses applications favorites, faisant ainsi office de barre de lanceurs ;
  • d’accéder aux applications déjà ouvertes, se substituant à la liste des fenêtres que l’on retrouvait dans GNOME 2 ; les applications déjà en cours d’exécution sont entourées d’un halo lumineux pour les distinguer des lanceurs.

On notera d’ailleurs la similitude de ce dash en termes d’utilisation avec la barre de tâches de Windows 7.

La vue des fenêtres

La vue des activités s’ouvre par défaut sur celles des fenêtres : toutes les fenêtres ouvertes sont organisées en mosaïque de miniatures, visibles d’un simple coup d’œil. Il est également possible depuis cette même vue de fermer les fenêtres en survolant à la souris celle à clôturer et en cliquant sur la croix apparaissant dans le coin droit de la miniature associée.

C’est par le biais des bureaux virtuels, accessibles aussi depuis cette vue, que le concept d’activité prend également son sens : on trouve en effet sur la droite un volet surgissant au passage de la souris dessus, listant le bureau courant ainsi que ceux créés par l’utilisateur. D’un simple glisser-déposer de la miniature d’une fenêtre ouverte vers ce volet, on crée ainsi un nouveau bureau dynamiquement. Chaque bureau peut ainsi être dédié à une activité : un pour la navigation Internet, un autre pour la correspondance, ou encore le développement, etc. Pour naviguer entre les bureaux au clavier, vous pourrez utiliser le raccourci [Ctrl] [Alt] [↓] pour accéder au bureau suivant, ou [Ctrl] [Alt] [↑] pour le précédent.

La vue des applications

Cette vue rassemble toutes les applications graphiques, identifiées par leurs icônes (voir ci-dessous) ; comme dans le dash, celles en cours d’exécution sont auréolées d’un halo. Un menu à droite permet de filtrer les applications par thèmes, les mêmes que ceux que l'on retrouvait dans le menu applicatif de GNOME 2. L’ajout d’applications favorites dans le dash se fait par ailleurs depuis cette vue, d’un simple glisser-déposer d’une icône d’application vers le dash.

La vue des applications

La recherche d'activités

Dernier élément constitutif de la vue des activités, un champ, en haut à droite de celle-ci, permet la recherche de ses activités, parmi les applications, les raccourcis et les fichiers ouverts récemment. Au fur et à mesure de la saisie des termes de recherche, la vue se met à jour en fonction des éléments trouvés (voir figure ci-dessous). Notons les deux boutons au bas de la vue permettant aussi via ce champ de lancer une requête sur Google ou Wikipedia, le résultat de la recherche s’ouvrant dans le navigateur.

La recherche d’activité en pleine action

Les notifications

Le système de notifications de GNOME Shell a été conçu de telle façon à ce que celles-ci perturbent le moins possible l’utilisateur dans son activité, tout en étant suffisamment visibles et accessibles. Ainsi toute notification apparaîtra subtilement en bas au centre de l’écran — là où l’utilisateur risquera le moins de cliquer dessus par accident, là où il ne risquera pas non plus, en voulant la sélectionner, d’interagir involontairement avec un élément du bureau —, son contenu étant dévoilé d’un survol dessus à la souris (voir ci-dessous).

Une notification « surgissante » de Rhythmbox


Si elle n’est pas traitée avant qu’elle s’éclipse, elle n’est pas perdue pour autant puisqu’elle est conservée (selon un mécanisme de pile) en bas à droite de l’écran, dans une zone dédiée (voir ci-dessous) surgissant au passage de la souris ; on retrouvera d’ailleurs à cet emplacement les icônes d’état d’applications qui se font finalement plus discrètes au profit des notifications, toujours dans l’optique de laisser l’utilisateur se concentrer sur ses tâches.


La zone de notifications de GNOME Shell

Mais l’intérêt de ces nouvelles notifications réside surtout dans leur intégration de la messagerie instantanée : il est en effet possible, à la notification d’un nouveau message d’un contact dans Empathy, de répondre directement dans celle-ci (voir ci-dessous), et ce sans perdre de vue encore une fois sa fenêtre en cours.

Une notification de nouveau message

La gestion des fenêtres

En tant que gestionnaire de fenêtres, GNOME Shell propose quelques nouveautés en matière d’interaction avec les fenêtres ouvertes.

Si le sélecteur d’applications ouvertes est toujours accessible via le raccourci [Alt][Tab], celui-ci regroupe désormais les fenêtres par application (voir figure ci-dessous) ; les fenêtres en question sont alors identifiables grâce à une sous-vue en miniatures et pourront être sélectionnées à la souris ou par le raccourci [Alt][²]. On notera au passage la séparation entre les fenêtres du bureau courant et celle des autres bureaux par un filet discret dans ce sélecteur.

Le sélecteur d’applications de GNOME Shell

GNOME Shell apporte également quelques fonctions pratiques inspirées des gestionnaires de fenêtres pavants (*) pour redimensionner les fenêtres : en déplaçant une fenêtre vers le bord gauche de l’écran, et une autre vers le bord droit, les deux fenêtres occuperont chacune une moitié de l’écran (voir figure ci-dessous), ce qui peut s’avérer utile pour des comparaisons. De même, déplacer une fenêtre vers le bord haut de l’écran (ou double-cliquer simplement sur sa barre de titre) lui fera occuper tout l’écran.

Epiphany et GNOME Terminal placés en mode « comparasion »

Enfin, une nouveauté qui paraîtra sans doute déroutante aux yeux de certains, la disparition sur les barres de fenêtres des boutons de réduction et de maximisation : ce choix est justifié (*) par le design de GNOME Shell puisque :

  • il n’y a simplement plus de liste de fenêtres directement accessible dans laquelle réduire les fenêtres ;
  • la vue des activités répond amplement au besoin d’organiser ses fenêtres, là où effectivement la réduction des fenêtres y suppléait dans GNOME 2 ;
  • le redimensionnement des fenêtres par déplacements sur les bords rend caduc un bouton de maximisation.

Ma machine pourra-t-elle exécuter GNOME 3 ?

Ainsi qu’on l’a vu précédemment, GNOME Shell tire profit, à travers Mutter, de l’accélération graphique matérielle pour ses différents effets de transparence et de transitions. Par conséquent, une carte graphique relativement récente (datant de quatre à cinq ans au plus selon les recommandations du projet GNOME) est nécessaire, ainsi qu’un pilote pour celle-ci prenant en charge ses capacités 3D, pour exécuter GNOME Shell.

Les pilotes libres intel, radeon et nouveau devraient, sans aucune configuration particulière, prendre en charge respectivement la plupart des cartes graphiques Intel, AMD et Nvidia du marché sous Fedora 15. Néanmoins ce support libre de la 3D risque d’être partiel voire nul, avec certains des modèles les plus récents des deux dernières marques ; dans ce dernier cas, l’installation des pilotes propriétaires constructeurs s’avèrera nécessaire. On pourra s’assurer, avant passage à GNOME 3, de la prise en charge de la 3D sur son système en lançant simplement la commande suivante :

$ glxinfo | grep "direct rendering"

Si l’accélération graphique est bien prise en charge par le système, la commande devrait retourner le message suivant :

direct rendering: Yes

Dans le cas contraire, l’installation des pilotes constructeurs, pour les cartes graphiques AMD (*) et Nvidia (*), s’imposerait ; ces derniers seront disponibles sur le dépôt logiciel RPM Fusion (*) à l’occasion de la sortie de Fedora 15.

Néanmoins, ceux qui, malheureusement, ne disposeraient pas du matériel ou des pilotes adéquats pour exécuter GNOME Shell pourront tout de même utiliser GNOME 3, mais en mode restreint (voir figure ci-dessous). Ce mode est un environnement somme toute assez similaire à GNOME 2, les tableaux de bords GNOME Panel et le gestionnaire de fenêtres Metacity prenant la place de GNOME Shell, avec quelques limitations cependant (voir la question Pourrai-je retrouver l’ancienne interface de GNOME ?).


GNOME 3 en mode dégradé

Retrouverai-je mes applications favorites ?

GNOME ne se résume pas seulement à un environnement de bureau, mais englobe également toute une suite applicative dont les composants les plus représentatifs sont, entre autres, l’explorateur de fichiers Nautilus, le client de messagerie instantanée Empathy ou encore le lecteur de vidéos Totem. Toutes ces applications sont évidemment toujours disponibles dans GNOME 3 mais utilisent désormais la nouvelle version 3.0 de la bibliothèque graphique GTK+ ; en plus de bénéficier d’une interface de programmation consolidée pour les développeurs, cette version propose un système de thèmes basé sur la technologie CSS. Cependant, ces applications GNOME ne se distinguent pas seulement de leurs versions précédentes par le passage à GTK+ 3, mais également par quelques nouvelles fonctionnalités exclusives à GNOME 3, parmi d'autres (*) :

  • Nautilus : l’explorateur de fichiers de GNOME bénéficie d’une refonte de son interface : le panneau latéral dédié aux raccourcis occupe désormais une place prépondérante dans l’application, la barre d’état disparaît (au profit d’une bulle d’information apparaissant à la sélection d’un élément dans le coin droit en bas), et les barres d’outils et d’adresse sont fusionnées ; au passage, le raccourci pour supprimer un fichier est désormais [Ctrl][Suppr] et non plus simplement [Suppr], sujet aux suppressions accidentelles ;
Nautilus dans GNOME 3
  • Gedit : l’éditeur de texte se dote d’un nouvelle interface de recherche de texte qui n’interfère pas avec l’édition et propose également un mode de groupement des onglets permettant de visualiser plusieurs fichiers dans la même fenêtre ;
Gedit, le groupement d’onglets et la nouvelle interface de recherche
  • Epiphany le navigateur Web léger voit ses performances améliorées et supporte désormais la géolocalisation ; il inclut aussi un nouveau gestionnaire de téléchargement intégré à la fenêtre principale inspiré de celui de Google Chrome.

Le fait que GNOME 3 repose désormais sur GTK+ 3 n’empêchera évidemment nullement les applications basées sur d’autres bibliothèques graphiques de s’exécuter dans l’environnement, qu’elles reposent encore sur GTK+ 2 (Firefox par exemple, Pidgin ou encore XChat), ou bien Qt (les applications KDE, VirtualBox ou Skype, entre autres), tout comme GNOME 2 l’autorisait. Seul bémol, les différents applets que l’on pouvait ajouter sur le tableau de bord de GNOME 2 — GNOME Applet Sensors en est un exemple typique — ne seront ni utilisables, ni tout simplement compatibles avec GNOME 3, même en mode restreint. Il est cependant possible qu’à l’avenir un système similaire soit mis en place dans GNOME Shell (*) , en conformité avec les impératifs d’ergonomie définis pour l’environnement.

Qu'en est-il de l’accessibilité ?

Un des objectifs du projet GNOME est de proposer un bureau utilisable par tous, et ce sans contraintes. Si l’ergonomie a été un leitmotiv dans la conception de GNOME Shell, l’accessibilité a aussi été au cœur des préoccupations de ses développeurs. GNOME Shell intègre ainsi par défaut un applet dédié dans la zone de statut (voir ci-dessous), proposant d’un clic un menu d’activation de diverses fonctionnalités d’accessibilité telles que la loupe d’écran, l'utilisation d’un thème GTK+ à meilleur contraste pour les applications, les alertes visuelles ou encore le contrôle du pointeur de la souris par le clavier, ainsi que l’accès au panneau de configuration associé.



L'applet « accessibilité »

Ce panneau de configuration a d’ailleurs été complètement revu et corrigé dans le cadre de son intégration dans GNOME 3 : là où celui de GNOME 2 se contentait seulement de proposer des pointeurs vers les configurations du logiciel Orca, du clavier et de la souris, ce nouveau panneau rassemble dans une unique interface tous les réglages d’accessibilité, groupés par besoin. Signalons, pour les paramètres relatifs à la vision, le soin porté à leur lisibilité par les malvoyants l’utilisation d’une police de texte plus grande (voir ci-dessous).

Les paramètres d'accessibilité de GNOME

Si les versions précédentes de GNOME proposaient, via Orca, une loupe d’écran, GNOME Shell intègre lui sa propre loupe, plus réactive car tirant parti, comme l’environnement, de l’accélération graphique, et plus agréable à l’usage grâce à un lissage du zoom. Pouvant être démarrée depuis le menu de l’applet « accessibilité », elle autorise aussi ses propres raccourcis clavier pour son activation ainsi que pour l’augmentation ou la réduction du facteur de zoom, depuis l’outil de configuration du clavier (voir ci-dessous), dans le panneau de configuration central de GNOME (voir la question « Comment personnaliser mon environnement ? »). Notez également la possibilité de limiter l’agrandissement au texte uniquement, toujours depuis le même menu.

Orca reste cependant toujours disponible, puisque c’est par son biais que GNOME supporte la lecture d’écran, à l’intention des non-voyants.

La configuration des raccourcis de la loupe d’écran dans les paramètre sclavier

Comment personnaliser mon environnement ?

GNOME s’est depuis toujours distingué des autres environnements par une volonté claire de ses contributeurs de simplifier la prise en main de l’environnement par tous les utilisateurs, tout spécialement les néophytes. À ce titre, les divers paramètres de configuration de GNOME ont été conçus de façon à être d’une part les plus accessibles possibles et d’autre part compréhensibles, quitte à masquer les moins communs ou les moins évidents à saisir. GNOME 3 ne faillit pas à cette règle, comme nous allons le découvrir dans cette section.

Un panneau de configuration central

GNOME 3 propose ainsi un panneau de configuration dans lequel la plupart des outils de configuration hérités des versions précédentes (configuration de l’accessibilité, de l’affichage, du matériel. . .) s’y retrouvent centralisés et organisés par thèmes. Ce panneau, simplement accessible depuis le menu utilisateur sur le tableau de bord, répond ainsi à la fragmentation des différents réglages dans le menu de préférences de GNOME 2, facilitant du coup leur accès (voir figure ci-dessous)

Le panneau de configuration système de GNOME 3

GSettings

Les changements au niveau des préférences de GNOME 3 ne se limitent cependant pas à des changements « visibles », puisque c’est le cœur même du système de préférences, leur stockage en fait, qui a été complètement revu. GNOME 3 abandonne ainsi GConf pour GSettings, ainsi que les applications de l’écosystème GNOME. Ce changement vise avant tout à proposer une interface de gestion des préférences pour les développeurs plus robuste et ne dépendant plus des bibliothèques GNOME mais de la bibliothèque GLib — ce qui permettrait à d’autres applications, non liées particulièrement à GNOME, d'en profiter également.

L’enregistrement des paramètres au travers de GSettings repose, comme pour GConf, sur un mécanisme de clés. Ces dernières pourront être lues et modifiées grâce à la commande gsettings dont on pourra consulter la page de manuel (*). Notez que, à l’instar de GConf avec gconf-editor, il existe une interface graphique pour parcourir et modifier les différentes clés de réglages disponibles, dconf-editor (voir ci-dessous), disponible dans le paquet du même nom.

dconf-editor

Modifier l’apparence de son environnement

Certains auront noté dans le panneau de configuration central de GNOME 3 l’absence de tout réglage relatif à l’apparence de l’environnement. Il s’agit d’un choix délibéré des contributeurs de GNOME (mais sujet à révision toutefois, à terme), qui considèrent que les différents éléments graphiques de GNOME 3, du thème GTK+ 3 Adwaita (note pour moi-même : de l’hindi अ�ैत, qu’on pourrait traduire par « le seul et l’unique ») à la police de texte Cantarell (*) , en passant par le noir du tableau de bord, font partie intégrante du design de l’environnement et contribuent à donner à GNOME une identité graphique forte. S’il lui apporte par ailleurs évidemment une touche de modernité, le look à la fois élégant et discret de GNOME 3 vise également à permettre à l’utilisateur se concentrer sur ses tâches sans être en quelque sorte « distrait » par un environnement trop clinquant.

Il sera néanmoins possible de personnaliser l’apparence de son environnement, en dépit de ces restrictions somme toute légitimes. Si divers réglages « cachés » relatifs à l’apparence existent dans GNOME et peuvent être surchargés via gsettings ou dconf-editor, il existe heureusement un outil tiers, GNOME Tweak Tool, qui rend la personnalisation de GNOME 3 plus accessible. Par ailleurs, GNOME Shell intègre un mécanisme d’extensions étendant ses fonctionnalités.

GNOME Tweak Tool

GNOME Tweak Tool (*) est un outil graphique développé par John Stowers proposant divers réglages de GNOME 3 non accessibles depuis le panneau de configuration, et tout particulièrement des réglages relatifs à l’apparence de l’environnement (voir figure ci-dessous). Ces différents réglages sont organisés par thèmes, chacun faisant l’objet d’un panneau dédié dans l’application, que voici :

  • Environnement : on pourra depuis ce panneau afficher, en plus de l’heure, la date dans l’applet « calendrier », réactiver les boutons de réduction et agrandissement dans les barres de fenêtres ou gérer plus finement les actions à la fermeture de l’écran d’un portable ;
  • Polices : ce thème rassemble tous les réglages relatifs aux polices utilisées dans les applications ;
  • Interface : cet item propose une sélection de thèmes à appliquer aux applications GTK+ 3 : thèmes applicatifs, d’icônes, de curseurs de souris. . .
  • Navigateur de fichiers : ce groupe propose une unique option, celle d’utiliser le bureau pour y placer des fichiers et des lanceurs comme dans les précédentes versions de GNOME, là où GNOME 3 laisse le bureau « nu » ;
  • Fenêtres : ce dernier thème regroupe les réglages associés aux fenêtres : sélection du thème à appliquer aux barres de fenêtres et configuration des actions à la souris sur celles-ci.
GNOME Tweak Tool

Notez que les thèmes d’icônes jusqu’ici disponibles dans les dépôts (Elementary ou Faenza entre autres) ou sur GNOME-Look (*) (que l’on pourra toujours installer dans le dossier ~/.icons/) demeurent compatibles avec GNOME 3, de même que les thèmes de décorations de fenêtres (installés dans ~/.icons/), Mutter pouvant utiliser sans problème les thèmes Metacity. En revanche, la plupart des thèmes d’applications ne sont utilisables qu’avec GTK+ 2, tandis que les thèmes GTK+ 3 restent encore rares en comparaison. Ce manque devrait cependant être comblé dans le futur avec l’adoption généralisée de GNOME 3 ; signalons déjà les thèmes GTK+ 3 proposés par les artistes du groupe GNOME Shell du site DeviantART (*).

GNOME Tweak Tool sera disponible dans Fedora 15 et pourra être installé ainsi en ligne de commande :

# yum install gnome-tweak-tool

On pourra alors le lancer depuis la vue applicative de GNOME Shell (sous l’intitulé Tweak advanced settings) ainsi qu’en ligne de commande :

$ gnome-tweak-tool

Les extensions de GNOME Shell

GNOME Shell a été conçu de telle façon à ce que ses fonctionnalités puissent être étendues au travers d’extensions écrites en Javascript. Les GNOME Shell Extensions (*) sont une compilation de telles extensions aux rôles divers et variés, preuve des possibilités infinies offertes par GNOME Shell en matière de personnalisation. Notez que la liste de ces extensions, décrites dans la suite, est loin d’être figée et pourra s’enrichir en fonction des développements.

alternate-tab

Cette extension fait en sorte que le sélecteur d’applications ouvertes, accessible par le raccourci [Alt][Tab], ne regroupe plus les fenêtres par application, tout en affichant pour chacune d’elle une miniature.

Un sélecteur d’applications ouvertes alternatif
alternative-status-menu

Cette extension modifie le menu utilisateur de la zone de statut en lui rajoutant deux nouvelles entrées Hiberner et Éteindre. . ..

Le menu utilisateur de la zone de statut, une fois l’extension alternative-status-menu installée
auto-move-windows

Cette extension permet d’assigner une application graphique à un bureau virtuel particulier à chaque lancement. Sa configuration se fera au travers de gsettings : par exemple, pour qu’Epiphany s’ouvre toujours dans le bureau numéro 2 et Gedit dans le bureau numéro 4, on lancera la commande suivante :

$ gsettings set org.gnome.shell.extensions.auto-move-windows application-list "['epiphany.desktop:2', 'gedit.desktop:4']"

On notera d’une part que les applications sont désignées dans cette commande par leur fichier .desktop (installés dans /usr/share/applications/), et qu’autant de bureaux virtuels que nécessaires seront créés à la volée pour les y placer.

dock

Cette extension active une barre des tâches, similaire au dash de la vue des activités, à la différence que celui-ci est à droite de l'écran et est statique..

Un dock permanent à droite du bureau grâce à l’extension du même nom
drive-menu

Cette extension rajoute un nouvel applet au tableau de bord permettant de ce fait d’accéder aux différents médias amovibles du système, ainsi que les monter ou de les démonter.

L’applet « médias amovibles »
places-menu

Cette extension active un nouvel applet dans le tableau de bord donnant accès :

  • aux emplacements définis dans les signets de Nautilus ;
  • aux médias amovibles ;
  • aux différents montages réseau configurés dans Nautilus également.
L'extension places-menu et son menu de signets»
user-theme

Cette extension autorise la personnalisation de GNOME Shell par l’intermédiaire de thèmes dédiés tels ceux disponibles sur la page dédiée à GNOME Shell sur DeviantART. Un thème GNOME Shell est constitué d’une feuille de style CSS (toujours nommée gnome-shell.css) et d’éventuels scripts Javascript et images ; tous ces fichiers devront être installés dans le dossier ~/.themes/<nom du thème>/ (ou bien dans le dossier /usr/share/themes/<nom du thème>/gnome-shell/ pour rendre le thème disponible pour tous les utilisateur du système). Pour activer alors le thème en question, on passera par gsettings ainsi :

$ gsettings set org.gnome.shell.extensions.user-theme name "<nom du thème>"

Le thème sera alors aussitôt chargé. Pour restaurer le thème par défaut de GNOME Shell, on lancera la commande suivante :

$ gsettings reset org.gnome.shell.extensions.user-theme name
Le thème Atolm appliqué à GNOME Shell (avec le thème GTK+ 3 du même nom et le thème d’icônes Faenza)



Pour activer l’une de ces extensions, il suffira d’installer le paquet gnome-shell-extensions-<extension> correspondant ; par exemple, pour l’extension dock :

# yum install gnome-shell-extensions-dock

Une fois l'extension installée, GNOME Shell doit être relancé pour que celle-ci soit immédiatement chargée : il suffira pour cela de taper [Alt][F2] , de saisir « r » dans la boîte de saisie de commande qui apparaît, puis de valider.

Notez que d’autres extensions, indépendantes des GNOME Shell Extensions, sont disponibles, telles celles développées par Finnbarr P. Murphy (*). Une extension pour GNOME Shell est au moins composée d’un fichier extension.js et d’un fichier metadata.json. Ces fichiers, en plus d’éventuels autres fichiers de style ou d’images, pourront être installés manuellement dans le dossier ~/.local/share/gnome-shell/extensions/<identifiant>/, où <identifiant> correspond à la valeur du champ uuid dans le fichier metadata.json de l’extension. Là encore, l’activation du thème nécessitera un redémarrage de GNOME Shell. De telles extensions « tierces » pourraient cependant être amenées à intégrer les dépôts logiciels de Fedora, telle déjà d’ailleurs l’extension fedora-logo, dans le paquet gnome-shell-extension-fedora-logo, qui rajoute le logo de Fedora au bouton Activités (voir ci-dessous).

GNOME Shell et l’extension fedora-logo

Pourrai-je retrouver l’ancienne interface de GNOME ?

Si, malgré la lecture de cette article, GNOME Shell ne devait pas convaincre, le retour à GNOME 2 risque d’être ardu, pour ne pas dire impossible, sous Fedora 15. Le projet GNOME a en effet décidé de ne pas maintenir la branche 2 de l’environnement pour mieux se concentrer sur les prochaines versions de GNOME 3. Si certaines distributions Linux projettent néanmoins de continuer à maintenir et proposer à l’installation la dernière version 2.32 de GNOME 2, il n’est cependant pas dans les intentions du projet Fedora de la fournir en parallèle de GNOME 3 dans Fedora 15, conformément à sa politique d’innovation constante. En revanche, GNOME 2 continuera à être maintenu dans Fedora 14, mais utiliser cette version n’accorde qu’un sursis de six mois, durée de sa maintenance à compter de la sortie de Lovelock, avant la disparition complète de GNOME 2 des versions maintenues de Fedora.

Il reste néanmoins le mode restreint de GNOME, déjà décrit plus haut (voir la question « Ma machine pourra-t-elle exécuter GNOME 3 ? »). Sans reprendre fidèlement l’interface de GNOME 2, ce mode s’en rapprochera suffisamment pour ravir peut-être certains nostalgiques des versions précédentes (note à moi-même : référence à la figure de la question 3). Si ce mode est automatiquement utilisé en lieu et place de GNOME Shell sur les machines aux ressources insuffisantes pour exécuter ce dernier, on pourra aussi forcer son utilisation depuis le panneau de configuration, dans les Informations système : l’activation du mode restreint est alors proposée dans la rubrique Carte graphique (voir ci-dessous). Ce mode demeure néanmoins limité en termes de personnalisation par rapport à GNOME 2 — même si GNOME Tweak Tool pourra suppléer en partie à ce manque — ; en particulier, les applets hérités de GNOME 2 que l’on pouvait ajouter sur son tableau de bord n’en demeureront pas moins inutilisables en mode restreint. Le projet GNOME n’est pas disposé à faire de ce mode un environnement à part entière qui bénéficierait de la même attention que GNOME Shell, dans la mesure où ses contributeurs souhaitent ancrer GNOME 3 dans son temps avec ce dernier et que le mode restreint est avant tout une solution de secours pour les machines qui ne satisferaient pas aux standards actuels du marché.

Activation du mode restreint de GNOME 3 depuis le centre de contrôle

Si finalement vous ne vous reconnaissiez vraiment pas en GNOME 3, il ne resterait plus qu’à changer d’environnement de bureau. Xfce serait un candidat idéal du fait de sa grande proximité, aussi bien logicielle qu’ergonomique ou esthétique, avec GNOME 2 ; par ailleurs, ses possibilités de configuration et ses nombreuses extensions sont telles qu’en finalement peu de réglages, on peut retrouver dans Xfce un environnement très proche de GNOME 2 (voir ci-dessous).

Une session Xfce, configurée de façon à imiter GNOME 2

Pour conclure, même si GNOME 3 ne plaira pas forcément à tous, force est de constater la révolution apportée par cette nouvelle version dans la façon même d’appréhender son système. En remettant en question le concept de bureau, les concepteurs de GNOME Shell s’éloignent certes du sentier tracé par les premières interfaces graphiques des années 80, et suivi jusqu’ici sans guère de détours par la plupart des environnements graphiques grand public. Mais être en phase avec l’homo informaticus du XXIe siècle et ses besoins vallait bien au projet GNOME de sortir des chemins battus. . .